Conte de Noël généalogique

En cette période de décembre où les enfants (et les plus grands) rêvent déjà au Père Noël, et pour répondre au généathème de décembre nous proposant de raconter la façon dont nous sommes tombés dans la généalogie, voici un petit conte dans lequel quelques ressemblances avec la réalité ne seront pas purement fortuites...

Il était une fois une petite fille dont les seules choses qu'elle connaissait de son grand-père étaient son nom et son prénom, et quand et où il était né. Elle l'avait peut-être aussi un peu vu en photo, mais il était pour elle bien mystérieux : elle n'entendait jamais parler de lui, elle ne savait pas où il était ni si elle le verrait un jour.

Un jour, son oncle et parrain qui habitait à plusieurs centaines de kilomètres de chez elle, proposa à toute la famille de se lancer dans des recherches généalogiquesx : il avait déjà commencé de son côté, et il voulait chercher les ancêtres de sa femme, donc ceux de la jeune fille. Il profiterait d'un séjour pendant les vacances d'été sur les terres de sa femme pour se rendre aux Archives départementales, et demandait qui voulait l'accompagner dans cette aventure.
La jeune fille, alors âgée d'une douzaine d'années, aimait tout ce qui était nouveau, et ce projet l'emballa. Elle ne comprenait pas bien en quoi tout cela allait consister ni où cela allait les mener, mais cela attisa sa curiosité.
Les premières visites aux Archives ne furent pas des plus réjouissantes pour la jeune fille. Tout le monde était réuni dans une salle prévue pour les groupes, mais on ne savait pas bien quoi faire ni comment. Il fallait consulter des livres un peu bizarres pour commander des registres dans des cartons qui arrivaient après un certain temps d'attente... Et il ne s'agissait pas de rater la relève, sinon on était bon pour attendre un tour supplémentaire. Son oncle leur demandait de recopier des listes de noms avec des dates de naissance, et elle trouvait cela assez rébarbatif. Et surtout, elle ne comprenait pas vraiment à quoi cela servait : ce n'est pas une liste de noms et de dates qui permettraient de savoir qui est qui et de remonter des générations...
Finalement, peu de temps après, les choses sérieuses commencèrent : les recherches dans les actes d'état civil. C'est alors que tout s'éclaira pour la jeune fille !

Ah les listes des tables décennales servent donc à cela : aller chercher des informations précises sur les porteurs du même patronyme pour identifier de potentiels membres de ma famille ! C'est génial !! Et ces registres, ils datent de plus d'un siècle, on voit l'écriture manuscrite du Maire, on voit les signatures de mes ancêtres, on respire l'odeur du vieux papier ! Waouhh !!

Petit à petit, de premières familles sont esquissées. Mais les vacances de l'oncle se terminent, et les visites aux Archives aussi. La jeune fille a bien aimé ces recherches et surtout les découvertes, et c'est avec une certaine déception qu'elle les voit prendre fin.
Mais la jeune fille a compris comment cela marchait. Elle n'a finalement plus besoin d'aller aux Archives en groupe pour faire des recherches, elle pourra bien continuer toute seule. Elle attend l'été suivant pour recommencer. Elle a de la chance aussi, car n'habitant qu'à quelques kilomètres des Archives, elle peut s'y rendre facilement à vélo. Elle y va tantôt avec son père, tantôt avec l'une ou l'autre de ses sœurs, mais bien vite, elle y va toute seule, car elle est la plus motivée...
A chaque fois qu'elle arrive dans la salle de lecture, quelque chose la fait quand-même un peu tiquer quand elle voit ses alter ego : alors qu'elle est adolescente, tous les autres chercheurs ont les cheveux gris...

Comment se fait-il que j'aie une passion de vieux ?!... Ce n'est donc pas là que je me ferai des amis... Enfin peu importe, je viens pour trouver mes ancêtres et pour me casser la tête sur les registres et les événements, c'est bien là ce qui compte le plus pour moi !

Si notre adolescente aime les recherches et a bien compris la nécessité d'éplucher les registres pour trouver des ancêtres et les membres de leur famille, elle trouve quand-même rébarbatif de recopier des dizaines de fois les mêmes choses pour noter les informations qu'elle découvre. Elle cherche donc un moyen de se simplifier la vie. Comme l'informatique à domicile n'est pas encore très répandue, elle prend la machine à écrire de son père et des carbones. Elle tape ainsi des fiches prêtes à l'emploi reprenant la structure d'un acte, et sur lesquelles elle n'aura plus qu'à écrire les informations qu'elle trouvera dans les registres. Quel gain de temps aux Archives et quelle lisibilité pour le tri des informations ensuite !

Les années passent, chaque été elle retourne aux Archives, et au fil de ses recherches, son arbre grandit. Elle a des fiches de partout, et bien qu'elle les range méthodiquement dans un classeur, tout devient un peu compliqué à gérer. L'une de ses sœur a l’excellente idée de lui offrir pour son anniversaire un logiciel de généalogie. Entre temps, l'informatique est en effet arrivée dans son foyer, et elle va ainsi pouvoir gérer sa généalogie de manière beaucoup plus efficace ! La saisie des informations sera un peu longue et fastidieuse, mais elle n'avait pas trouvé tant d'ancêtres que cela, et surtout, elle se contente naïvement de rentrer simplement les noms, dates et lieux des actes concernant ses ancêtres et leur famille. Et les avantages du logiciel sont nombreux : elle peut dessiner des arbres dans tous les sens, faire des statistiques sur toutes sortes de thématiques, repérer les branches où elle doit approfondir ses recherches, ...

Alors que notre adolescente étoffe son arbre d'un côté, elle se rend compte qu'à défaut de rencontrer son grand-père de l'autre côté, elle peut au moins en connaître quelques petites choses en faisant des recherches généalogiques sur ses branches...
Mais très vite, elle se rappelle que son grand-père n'est pas originaire du département où elle habite. Elle ne peut donc pas accéder aux registres concernant cette branche puisqu'elle ne peut pas se déplacer dans les Archives de ce département, bien trop loin de chez elle... Et quand bien-même, il faut de toute façon attendre 100 ans après un acte d'état civil pour qu'il soit accessible. Son grand-père étant né au début du XXème siècle, elle devrait donc attendre le début du XXIème siècle pour explorer cette branche. Une douzaine voire une quinzaine d'annéesn (son âge...), cela lui paraît extrêmement long, mais elle ne voit pas trop d'autres solutions...
En attendant, elle poursuit ses recherches sur toutes les branches originaires de son département de résidence. Elle prend toujours beaucoup de plaisir dans ses recherches, et elle a suffisamment avancé pour en faire une synthèse. Elle est une jeune femme maintenant, et rédiger ce genre de document lui paraît accessible. Cela est un autre travail que les recherches proprement dites, mais elle trouve cela tout aussi intéressant. Poser les choses, expliquer ses trouvailles, pour transmettre le fruit de son travail et leurs ancêtres à sa famille constituent une grande source de motivations qui lui permettent d'avancer.
Après ce travail qui lui prendra plusieurs mois, et la distribution, non sans fierté, de son dossier aux membres de sa famille, elle suspend ses recherches. Elle est allée au bout de ce qui l'intéressait et de ce qu'elle pouvait chercher (les registres illisibles, elle trouve cela vraiment trop galère), et depuis, elle a trouvé d'autres centres d'intérêts.

Un jour, on lui apprend que son grand-père est décédé depuis quelques années déjà, et on lui explique comment il avait disparu. Elle est très triste : elle avait toujours gardé le secret espoir de voir un jour son grand-père.

Je ne le connaîtrai donc jamais...

Les années passent, notre jeune femme ne se soucie plus de la généalogie : elle a bien ses archives papier et informatiques, mais elles dorment dans un placard et dans son ordinateur.

Puis un jour, sa mère lui raconte qu'au fil d'une conversation avec son cousin, il a dit vouloir savoir ce qu'elle avait fait comme découvertes sur leur branche commune. Elle est bien incapable de répondre de mémoire, et elle ressort donc ses archives. Elle se replonge dans le monde de la généalogie. Elle découvre qu'au XXIème siècle, les Archives départementales mettent en ligne de nombreux registres : depuis chez soi, on peut parcourir des centaines de kilomètres et en un clic de souris, lire des registres qui auraient nécessité de nombreuses démarches compliquées quinze ans auparavant.
Elle se souvient de son grand-père. Cela fait maintenant plus de 100 ans qu'il est né. Elle va pouvoir faire les recherches qu'elle attendait tant adolescente, et en plus de chez elle !
Le virus de la généalogie la reprend ! Elle remonte ses branches jusqu'alors inaccessibles. Elle approfondit ses précédentes recherches. Elle découvre de multiples sources qui lui permettent d'aller bien au-delà d'un simple état civil, et de mieux se représenter la vie de ses ancêtres. Elle passe des heures et des heures sur son ordinateur à chercher des informations, à construire son arbre, à découvrir la vie de ses ancêtres, à croiser des destins heureux et malheureux chez ses ancêtres et leurs semblables, à les raconter. Elle s'enrichit de toutes ses recherches, de toutes ses découvertes.

Si les circonstances de la vie ne lui ont pas permis de connaître son grand-père, elles lui auront au moins permis de trouver une passion, voire bien plus. Car désormais, elle rêve de devenir généalogiste professionnelle, un métier plein de sens pour elle.


Source de l'image d'illustration : Freepik, © picjumbo

Article écrit par Chantal, le 22 décembre 2014

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